Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /Juin /2009 18:47

Je ne supporte plus les non-dits, le refus de communication, la télévision pendant les repas, l'absence de mots, la peur de l'intimité. On ne parle plus. Pour être poli. On n'ose plus rien dire.

Je déteste ce silence imbécile. Je déteste cette stupidité ambiante où il n'est permis de réfléchir que pour se plaindre. Le silence n'amène qu'au trouble et au chaos.

Il faut parler pour vivre, mieux vaut débattre que se débattre, mieux vaut crier que creuser toujours plus profond cette tombe intérieure, où les démons enfouis viennent répandre leur poison, mieux vaut prendre conscience et faire prendre conscience que se bercer de douces illusions, confortables mais statiques, nous aveuglant sur un inconscient douloureux, masquant l'insupportable pour vivre de mensonges.


Je ne vous connais pas. Je ne connais pas votre vie. Je ne veux pas juger. Mais je ne veux pas être indifférente.


Dans la maladie, il y a la mort, qui nous confronte à nous-mêmes et secoue notre vie avec plus de violence que le couteau traversant les côtes. Le choc est unanime, l'empathie universelle, mais la réaction du malade, souvent empreinte de résistance héroïque, tourne rapidement à la mélancolie et à l'accablement narcissique pervers, on m'aime bien plus depuis que je suis malade !! Puis c'est la dépression totale où l'on ne pense plus qu'à ce qui pourrait faire encore plus mal, sans vraiment vouloir battre son mal on m'aime bien plus ...

La dépression, l'inhibition, la prostration totale, on se retourne vers soi-même pour n'y voir que la plainte : enfin un bon prétexte pour baisser les bras, enfin une raison pour arrêter cette torture mentale « exister », enfin droit à l'abandon. Plus besoin d'être moi, je suis malade.


Ce qui me choque est singulier. C'est la dépression que je ne comprends pas, ce néant, cette non-réaction me bouleverse. La dépression est un luxe, un privilège intellectuel face à la maladie, on se donne le droit de ne rien faire.

La douleur physique ne justifie rien. Je parle de ces enfants malades de faim, maigres à en crever qui préfèrent jouer et rire malgré leur faiblesse et la puanteur des corps qui pourrissent sous leurs pieds... Je parle de ce vieillard handicapé qui s'entraîne tous les jours à marcher quelques mètres pour avoir un jour la force de soulever son petit-fils dans ses bras, pour l'embrasser une dernière fois, seulement... Je parle de ces enfants nés sans pouvoir respirer sans douleur, qui chaque jour tente de trouver leur souffle, pour aller à l'école et jouer, pour continuer à vivre, simplement...

Je ne vous connais pas. J'aurais aimé vous voir réagir. Réagir avec la même brutalité que l'apparition de la maladie dans votre vie. Réagir, et vous mettre en colère, vous mettre à rire, danser nue dans les rues, chanter jour et nuit, crier dans la foule, gueuler votre rage et votre amour, parler à vos enfants de votre vie et vos espoirs, parler sans retenue, juste réagir...

Je ne vous connais pas. Je n'ai vu qu'un souci égoïste, un pessimisme feint et déplacé. Je vous ai vu oublier vos amours pour vous soucier de l'avis des voisins. Je vous ai vu vous avouer vaincue. Je vous ai vu montrer une bien trop attendue faiblesse à vos connaissances même lointaines. Je vous ai vu écouter les remarques attentionnées et bourrées d'approximations médicales de parfaits inconnus, comme s'il s'agissait des pensées les plus sages, les plus essentielles à votre vie. Je vous ai vu vous laisser bercer de bonnes paroles. Je vous ai vu perdre de vue l'essentiel. Je vous ai vu vous complaire dans le spleen et sombrer dans une torpeur voulue. Et les soupirs. Et les paroles réconfortantes accueillies par des questions rhétoriques comme le plus immonde des rois reçoit ses flatteries ha bon ? Tu crois ? Vraiment ? Tout ça sonne faux, comme du théâtre mal joué, de quoi avez-vous peur ?


Je ne veux plus mentir. Je ne veux plus le taire. Je ne supporte plus ça.


La maladie n'est qu'un prétexte. Un nouveau stratagème de la vie pour éprouver notre intelligence. On peut choisir de baisser la tête ou la relever. On peut choisir de sombrer dans un mal-être idiot, créé par un cerveau en crise de faiblesse existentielle ou se battre contre cet instinct d'autodestruction, cette tendance naturelle à souligner en permanence ses douleurs en oubliant le plaisir.

Il est si facile de se laisser porter : il n'y a plus d'effort à faire, oublier l'être pour ne devenir que la charge, ne plus être soi-même en accord avec sa conscience et devenir un être inconscient à la merci de l'image stéréotypée que la civilisation veut faire de vous : vous êtes malade, on doit vous plaindre et c'est bien Mais oui ! C'est grave ce que j'ai, c'est normal ! Mais ce que votre inconscient ne vous dit pas, c'est que la souffrance est bien là, cette peur inexplicable de la maladie et de la mort, on a peur de la mort pour ne pas avoir à avoir peur de la vie. Alors votre conscience s'endort, la vie est subie, le mal-être devient inexplicable et accablant, alors que vous l'avez-vous-même voulu... la mort c'est cette fuite, la dépression vous tuera bien avant l'heure... même après votre maladie.


Ne comprenez-vous pas ce que la vie vous offre ? Un nouveau regard, une chance d'enfin comprendre et voir l'essentiel et la beauté de chaque chose. La maladie n'est qu'un prétexte, pour bousculer votre conscience.


Se battre. Pas contre un être abstrait et démoniaque, une fumée noire et impalpable qui se serait logée dans votre corps. Pas contre la mort. Pas contre vous-même.

La maladie est une entité bien cernable, concrète et bien connue, l'inflammation et les médecins sont là pour ça.

Finalement, il ne reste qu'une chose à faire. Raisonner. Ne pas se laisser aller aux turpitudes judéo-chrétiennes occultes de la « destinée ». La raison est au-dessus de cette peur primaire, elle nous permet de relativiser et de réaliser : voir que nos peurs sont dérisoires face à l'immensité des chances et de la beauté présentes dans nos vies.

Rien ne sert de palabrer des heures sur la mort. Acceptez-la comme une probabilité inévitable, mais acceptez-la, réalisez : la mort est l'achèvement de la conscience : quel intérêt ? La fin de l'histoire ne m'intéresse pas, c'est l'histoire, votre vie, votre raison que je veux voir et célébrer. La lucidité efface la peur. La volonté seule permet le combat.

Ce n'est pas de l'optimisme vain. Il faut chercher en soi ce qui nous fait baisser les bras, il faut grandir, s'accepter pour enfin apprécier ses chances.


Retrouvez-vous. Pensez enfin comme vous êtes. Je ne veux plus voir ce personnage absurde sous vos traits, celui qui cherche la pitié plutôt que l'amour, celui qui reflète un mal-être toujours pas accepté plutôt qu'une personne adulte intelligente capable par sa réflexion de vaincre toute souffrance morale.

Souriez.

Appréciez.

Réalisez.

Malade ou pas, le chemin est le même.

Vaincre ses peurs inconscientes pour enfin vivre sa vie.

Et enfin sourire. Sourire pour vous. Sourire pour les autres. Sourire longtemps. Sourire, pas pour l'image mais parce que vous le ressentez profondément, parce que vous l'aurez décidé, parce que vous aurez enfin vu à quel point...il est impossible de ne pas sourire.


pour MAP.

Par vivi vdm
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